Joli reportage de notre envoyé très spécial qui a séjourné cet hiver au ‘‘coeur du poulet’’ :
Whistler-Blackcomb, Colombie Britannique, Canada. (Reportage en trois volets : photo par Yves Wenger & MC)
Ici la plupart travaillent pour «La Montagne», la station en somme. Et pour le ride, ça peut être utile. Binty est sauveteur volontaire au «Search and Rescue». Il est allé chercher des skieurs égarés jusque dans l'envers de Blackcomb, et il survole souvent les environs en hélico, son oeil enregistre. Becky est au «dispatch», elle reçoit et renvoie les appels de tous les pisteurs et responsables des remontées partout dans la station. Elle sait mieux que personne ce qui doit ouvrir, et quand.
Ce type d'informations, dans la station de ski la plus fréquentée en freeriders du monde connu, est d'une importance capitale. Car ici plus qu'ailleurs, beaucoup se joue à la stratégie. Quelle remontée, et surtout quelle descente emprunter, et dans quel ordre, fait partie de la connaissance des locaux. À quel arbre tourner, dans quelle combe s'engager, où se cachent les barres dans la forêt, c'est leur apanage, on les suit pour ça.
On a rencontré une partie de la tribu le premier jour, six riders des deux sexes en Dupraz grand format, dur de ne pas les remarquer. Et comme on avait le même engin qu'eux, bien que venant de loin, habitués à d'autre terrains et pas à tant, tant de neige, ils nous ont emmené dans leurs traces. Mais tout n'a pas été facile. Le premier «Peak Chair» où on les a suivi a été initiatique.
Pourquoi on attend ? Pourquoi on attend ? La question est comme un mantra. On se la pose silencieusement tout en essayant de suivre les rares bribes de conversation, et en regardant autour de nous ces centaines de freeriders suréquipés, en gros skis et snowboard, une concentration de caméras embarquées comme une mer d'antennes TV sur les toits d'une ville de casques.
Il y a de la neige, on pourrait aller se goinfrer des restes entre les arbres, de la trafollée bien grasse, et il doit encore y avoir des lignes de fraiche sur la partie médiane, dans la forêt ? On a bien vu des hordes attaquer le Goat Path, mais quand même, il en reste obligé, il y en a tellement. Non, on attend. Ça va faire trois quart d'heure, bientôt une heure? Nos nouveaux amis sont stoïques, ils ont l'habitude. Et ils se sont déjà gavés tout l'hiver, ces derniers jours dans la tempête les ont sûrement émoussés. Nous on vient d'arriver et on en veut, on ne tient pas en place et on leur fausserait bien compagnie, mais la connaissance des locaux est primordiale si on ne veut pas bouffer des traces pendant trois jours...
Après une heure à étudier la faune locale et à balancer des boules de neiges synchronisées sur «ceux de devant», le Peak Chair commence à embarquer les plus énervés, ceux qui, deux cent personnes devant nous, font la queue depuis plus longtemps encore. Et bientôt ils commencent à descendre, et la belle face vierge est vite surtracée. Vite tracés aussi Air Jordan et les Waterfall, ces barres spectaculaires et face à la queue du Peak Chair, ça applaudit et ça siffle alors que les gerbes de neige explosent, viande jetée de 15m dans la poudre.
Finalement c'est à nous, on y est, répartis sur trois sièges, les membres le la tribu, et nous deux, «les français», en passe d'être dépucelés. Mais à peine arrivés en haut, pas le temps de mettre les fixs, tout le monde s'est déjà précipité, on coupe sur la droite, à gauche dans une traversée minée, puis on bascule derrière une crête dans les bois, tu suis ou tu tombes, mais personne s'arrêtera. C'est poudre et le Peak Chair est resté fermé ces deux derniers jours de tempête, il y a trop de fraiche pour avoir des potes, ou une femme, ou des gosses. Heureusement pour nous, encore mous de la cuisse et lents à comprendre les enjeux, le grand Jim nous prend sous son aile. Est il blessé ou repus, il nous attend presque et nous indique le chemin, heureusement car on n'a pas trop envie de se perdre dans cette neige épaisse qui transforme un semblant de plat en distance infranchissable...
A Suivre !